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Un toit et des étoiles / Traversées

avec les artistes et amateurs de la Cité

Un toit et des étoiles / Traversées

|TRAVERSEES © Sigrun Sauerzapfe

Depuis plusieurs mois, artistes et participants aux ateliers de la Cité se réunissent pour tenter de mettre des mots sur ce que sont ces espaces de création partagée que La Cité a mis au coeur de son activité.
Plusieurs contributions sont nées de ce travail. Elles vous seront lues à l’occasion de cette journée particulière.

« Je viens d’une famille franco-algérienne, pratiquante. Je ne suis pas très instruit, mais j’ai un désir brûlant d’apprendre des choses. J’aime apprendre.
Le théâtre pour moi c’est mon école. C’est là où je me révèle le plus. C’est une forme de liberté artistique où je me sens libre de m’exprimer, quand je me le permets. La vie c’est comme le théâtre, c’est une école même, c’est l’essence d’une comédie.
Je viens de trouver un emploi en tant qu’intérimaire dans la Savonnerie du midi. J’ai pensé d’emblée que c’était juste un emploi d’été. L’ambiance est chaleureuse, du moins autant que je puisse en juger, mais je reste sur mes gardes, à la fois je suis distant et taciturne. Certains employés fument, rigolent, chantent, et se critiquent alors beaucoup, sans m’épargner leur vulgarité. Moi, je reste moi-même, réservé, poli et respectueux. Parfois le boulot est dur, une machine qui fait un bruit terrible à vous vriller les tympans. Je le conserve cet emploi, parce que j’en ai besoin, faut bien gagner sa vie, mais ce n’est pas ma passion, faut être honnête.
Ma vraie passion fait rejaillir mon coeur, c’est la lumière qui m’éclaire quand je pense au théâtre. C’est dans cette maison de théâtre que je me sens le mieux, sans prétention, j’y pense quand je suis au travail. C’est un peu ma deuxième maison. À la savonnerie, personne ne sait que je fais du théâtre. Cela ne concerne nulle personne. Je préfère garder cela pour moi. Au boulot, je discute avec mes potes, certains me font des confidences, je suis toujours là à les écouter me raconter des bribes de leurs vies. Cela fait partie de la vie en société. Moi je ne répète rien, je les écoute très attentivement. Je dois sûrement leur inspirer confiance (la confiance se révèle, ne se gagne pas, pensais-je). Le patron dit que je suis travailleur et sérieux, s’il le dit, cela doit être vrai.
Mais ma passion du spectacle dans le théâtre, me pousse encore plus, sans doute une petite voix intérieure me dit de continuer dans cette voie qu’est le théâtre, peut-être une bonne étoile, on a tous une bonne étoile. »
Houcine Hemahni, acteur dans Ivresse de la parole

« Une histoire d’amour, c’est-à-dire d’amateur, est toujours l’histoire d’une altération par cet autre qu’est l’être aimé : oeuvre, personne, discipline, pays, langue…
L’amateur est prêt à donner beaucoup de temps à ce qui le passionne. Il est absolument disponible. Dans le contexte si spécifique et fatigué de notre époque, cela signifie que l’amateur est tout sauf un consommateur. L’amateur pratique ce qu’il aime, ce qui veut dire qu’il le fréquente.
Et dans ce processus, les tout premiers amateurs sont les artistes eux-mêmes. Un artiste professionnel, c’est comme un philosophe professionnel, une contradiction dans les termes. Et ceci est un problème propre à notre temps où les professionnels se satisfont du consumérisme qui les coupe des amateurs, par où ils perdent eux-mêmes leur amour des oeuvres. Un artiste est un amateur à temps plein qui a trouvé les moyens de vivre son amour de ce temps infini au coeur même du fini.
Je me suis mis à travailler sur ce temps des amateurs parce que je développe par ailleurs une étude sur la fin du consumérisme culturel et du consumérisme en général.
Nous sommes en train de changer d’époque. C’est aussi cela que veut dire le temps des amateurs.
Bernard Stiegler, philosophe, extraits de « Le temps des amateurs », entretien avec Éric Foucault dans la revue Laura.

« Je ne prétends pas être un artiste. Je me sens plutôt l’âme d’un voleur, je viens prendre des expériences et rencontrer des individus avant de partir ailleurs un jour. C’est un geste égoïste.
Je me situe dans les interstices, ni spectateur, ni amateur, ni professionnel. Je suis juste un individu qui vient se mettre à un endroit où la vie se questionne, où la société s’interroge. »
Fayçal Benzine, professeur d’histoire et géographie, acteur dans Les Visages de Franck

Contribution des participants aux ateliers de La Cité

Contribution des participants aux ateliers de La Cité

Infos pratiques

Une journée particulière pour un cinéma et un théâtre des égaux

Une proposition du Théâtre La Cité

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